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04.04.2009
Pas de (sic) pour Sarko
Y en a qui vont trouver que j’exagère. Je vais encore gloser sur Sarkozy.
Il faut dire, à ma décharge, que son usage non-standard du français suscite de nombreuses réactions dans les médias, et que ça en dit long sur les représentations de la langue française chez nos contemporains.
Sarkozy fait finalement plus pour la reconnaissance de la langue parlée que 30 ans de recherche sur la syntaxe de l’oral. Ce qui n’est pas à la gloire des linguistes, il faut bien le dire. Des énoncés comme « Si y en a que ça les démange, d’augmenter les impôts… » ou « On se demande c’est à quoi ça leur a servi ? » font partie des phrases épinglées dans la parole présidentielle.
Tous les gens normaux considèrent ces constructions comme des fautes, bien qu’elles soient très courantes et qu’elles répondent aux contraintes de la communication parlée. Je n’étonnerai pas grand monde en réaffirmant ici que ce ne sont pas les locuteurs qui sont en cause, mais bien la description du fonctionnement de la langue …
Brisons là, et venons-en au fait de cette chronique.
Comme le remarque Guillemette Faure de Rue89, la manière de parler de Nicolas Sarkozy confronte les journalistes à un choix. Faut-il transcrire exactement ce qu’il dit, ou faut-il corriger ses « fautes » comme le fait Le Monde ? Quand le président dit « j’ai pas été élu pour augmenter les impôts », le journal de référence corrige en « je n’ai pas été élu ». La plus grande partie des médias écrits fait de même. La journaliste de Rue89 constate alors qu’il y a deux poids deux mesures. Quand les journaux citent des « gens du peuple », ils n’hésitent pas à transcrire exactement la forme de leurs paroles. L’authenticité est à ce prix. Mais un président de la République n’est pas censé s’exprimer comme le populo, et les « ya » deviennent des « il y a », les « j’suis pas » des « je ne suis pas »… L’ordre social serait-il aussi à ce prix ?
(Chronique parue dans le Matin Di
manche, 5 avril 2009)
14:00 Publié dans Sarkoseries | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note





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Commentaires
Combien de fois, dans mes piges, ai-je corrigé les déviances de mes interlocuteurs? Cela se fait régulièrement, et pas que pour Nicolas Sarkozy, et il n'y a certainement pas trahison - apparemment, il n'y a que Rue89 pour s'en étonner...
... et peut-être certains locuteurs, justement, étonnés de "parler aussi bien que ça" lorsqu'ils lisent leurs paroles, dûment transcrites par un journaliste soucieux de la langue (écrite).
Notez par ailleurs que l'adaptation (je n'ose dire "correction") se fait automatiquement chez nos voisins alémaniques: si une interview pour la presse se déroule en dialecte, elle sera bel et bien rédigée en allemand.
Ecrit par : Daniel Fattore | 07.04.2009
... ce qui est intéressant, c'est qu'on corrige pour certains, mais pas pour d'autres. Sociolinguistiquement, cela nous montre comment les formes de la langue sont liées au statut social des locuteurs.
Ecrit par : marinette matthey | 07.04.2009
On peut effectivement y voir une relation "étroite" entre le statut social des locuteurs et les formes de la langue qu'ils sont censés produire. En réalité, je ne pense pas qu'ils soient tenus, de façon intrinsèque, de les produire comme si cela leur était "naturel", mais cela tient plus à ce que l'"on" attend d'eux. "On": regard social à la recherche de pratiques justifiant ses représentations...et ayant quelque chose de rassurant!
Cette forme langagière (y a, j'sais pas, etc.) est attendue de certains (ceux des cités, les déscolarisés!) et pas d'autres (images d'un pays ou des institutions)!
Est-"on" prêt à lire des interviews dans Le Monde tels qu'ils ont été dits? Peut-"on" déjà admettre une forme de langage X pour un individu Y sans que cela nous hérisse le poil? A quoi tient-on en réalité ?
Ecrit par : Ted Ondo Mendame | 08.04.2009
Bien sûr: les gens ne sont pas "programmés" pour parler de telle ou telle façon
C'est bien tout un système d'attentes, liées aux statut et aux représentations linguistiques qui apparaissent à l'occasion des commentaires sur la manière de parler de Sarkozy: ces commentaires et ces observations verbalisés sont une mine d'or pour les sociolinguistes parce qu'elles donnent accès de manière spontanée aux représentations des louteurs (désolée je suis en Algérie et je n'ai pas trouvé le point sur le clavier!!)
Ecrit par : Marinette Matthey | 11.04.2009
Il y a aussi une question de traitement de l'info: interviewé par différents journaux, le rappeur Stress parle différemment... cf. l'interview publiée par "L'Illustré", qui maintient fortement les tics de langage du rappeur (pour faire vrai?), à comparer à celle publiée par "La Gruyère", qui rétablit davantage la norme (pour que le lecteur puisse mieux suivre le propos?).
Ecrit par : Daniel Fattore | 20.04.2009
Beaucoup de gens utilisent cette langue lorsqu'ils parlent avec quelqu'un, je pense que ce genre d'erreurs doivent être acceptées en langue française.
Ecrit par : aer conditionat | 02.09.2011
On va dire qu'il prend des risques, qu'il se met en danger... mais qu'à la fin il se plante. C'est vrai qu'on peut noter beaucoup de fautes énormes de français dans ses discours.
Ecrit par : assurance multirisque | 28.10.2011
On parle de normalisation lorsque des représentants d’une communauté linguistique majoritaire obtiennent le pouvoir
Ecrit par : شات مصرى | 02.11.2011
On parle de normalisation lorsque des représentants d’une communauté linguistique majoritaire obtiennent le pouvoir
Ecrit par : شات مصرى | 23.03.2012
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