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25.04.2009

Tempête autour de deux adjectifs

Il faut voir la situation. On est à Genève ce lundi 20 avril 2009. La conférence de l’ONU sur le racisme va commencer, tout le monde est sur les nerfs. La fée Carabosse Ahmadinejad est à la tribune, et chacun sait qu’elle n’a pas sa langue dans sa poche. Le farsi (ou persan) est une langue indo-européenne, cousine du kurde, qui s’avère totalement incompréhensible pour la quasi-totalité des membres présents à la conférence. On se repose donc entièrement sur les interprètes pour avoir accès au sens des paroles du président iranien. La tension monte quand il commence à parler d’Israël. Ce pays est le résultat d’une agression militaire qui a spolié une nation entière de son territoire «  on the pretext Jewish sufferings and the ambiguous and dubious question of Holocaust » dit le texte anglais distribué à l’avance aux interprètes (« sous le prétexte des souffrances des juifs et de la question ambiguë et douteuse de l’Holocauste »). Mais voilà qu’Ahmadinejad s’écarte de son texte ! Un interprète du farsi certifie qu’il a laissé tomber les deux adjectifs révisionnistes, pour parler de « the abuse of the question of the Holocaust ». 
Un orateur qui s’écarte du texte prévu, et dans de telles circonstances, c’est la croix et la bannière pour les traducteurs en direct. L’interprète en langue anglaise arrête de parler lorsqu’il se rend compte que le président iranien ne lit pas ce qui est écrit. Il ne prononcera jamais la fin de la phrase. En revanche, l’interprète vers le français traduit ce que dit vraiment le président iranien, qui parle « des abus de la question de l’Holocauste ».
Aux dernières nouvelles, c’est le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui aurait convaincu le vindicatif président iranien de ne pas utiliser dans son discours les adjectifs incriminés. Ce geste de conciliation d’Ahmadinejad semble avoir passé totalement inaperçu dans la confusion générale.

(Chronique parue dans le Matin Dimanche du 26 avril 2009)

18.04.2009

Droits humains ou droits de l'homme?

Une lectrice me fait part de son agacement concernant l’expression « droits humains » qui remplace peu à peu celle de « droits de l’homme ». C’est une traduction littérale de « human rights » qui fait un peu bizarre en français. Bizarrerie qu’on ressent encore plus franchement si on modifie par analogie « droits de l’enfant » en « droits enfantins ».
La traduction littérale de l’expression anglaise est demandée par plusieurs ONG. Le reproche fait aux « droits de l’homme » est bien évidemment de donner l’impression que la terre n’est peuplée que de mâles. Les défenseurs de la formulation initiale mettent en avant que l’égalité hommes-femmes a progressé au nom de ces fameux Droits de l’Homme et qu’il n’y a donc aucune raison de changer la formule. Surtout pas pour adopter le calque de l’anglo-américain Human Rights, qui apparait dans la résolution onusienne de 1948. Les Français rappellent que les Droits de l’Homme sont issus de la philosophie des Lumières, et que la première Déclaration remonte à 1789…
Mais que devient la formule dans d’autres langues ? Pour ne rester que dans les « petites » et « grandes » langues romanes, on recense sur le site officiel des Nations-Unies : derechos humanos en espagnol, direitos humanos en portugais, diritti umani en italien, drest humans en catalan. Ces langues ont adopté le calque de l’anglais. Mais les régions françaises ont tendance à s’aligner sur le français. C’est ainsi qu’on dira dre de l’ome en provençal, dret deú z-omei dans la variété auvergnate de l’occitan et dreûts d'l'ome en picard.
Le galicien se distingue en parlant des Dereitos das Persoas. Tout comme le rumantsch grischun, qui a forgé Drets da l’uman, par analogie avec les « Menschenrechte » de l’allemand. Bienheureux germanophones dont la langue fait la différence entre l’homme (der Mann) et l’être humain (der Mensch). Les francophones n’ont pas cette chance et ils sont bien embêtés.

(Chronique parue dans le Matin Dimanche, 19 avril 2009)

11.04.2009

Carton jaune!

Un article des pages carrière du Temps du 3 avril dernier donne une série de conseils pour mettre toutes les chances de son côté lors d’un entretien d’embauche.
L’image que l’on donne de soi est très importante dans une telle situation, et le journal rappelle le crédo appris par cœur par tous les spécialistes de la gouvernance de carrière: plus de 60% de ce que communique le ou la candidat-e passe par le langage de son corps (maintien, gestes, regards, expression du visage) ; 30% dépendent de la voix, de son timbre et de son rythme ; les 10% restants sont pour les mots et la clarté du discours.
On ne sait pas comment ces chiffres ont été obtenus, mais ils font foi dans le milieu. Moralité : il vaut mieux aller chez le coiffeur et l’esthéticienne, être en tailleur-talons (ou costard-cravate) plutôt qu’en pull-jeans-basket, et apporter un soin tout particulier à la manière de s’assoir. Par ailleurs, prendre des leçons de chant pour poser sa voix semble être un meilleur investisement qu’avaler tout Balzac pour se faire du vocabulaire.
Dans le même article, on apprend que certains recruteurs essayent de déstabiliser les candidats en faisant exprès de ne pas respecter les règles de tout échange courtois et détendu… Les études sur la conversation ont montré en effet qu’elle repose sur deux règles basiques : on parle chacun son tour et pas en même temps, on ne laisse pas de silence entre les tours. Certains recruteurs transgressent cette dernière règle en faisant volontairement passer un ange dans la conversation. Ils refusent de prendre la parole quand c’est leur tour, juste pour voir comment vous gérez ce moment de malaise conversationnel. C’est de l’antijeu. Voici donc un autre conseil qui ne vous garantira pas le job mais qui fera au moins changer de camp la déstabilisation  : munissez-vous d’un carton jaune de la FIFA et brandissez-le à la face du recruteur qui vous ferait ce coup-là !

(Chronique parue dans le Matin Dimanche, 12 avril 2009)

04.04.2009

Pas de (sic) pour Sarko

Y en a qui vont trouver que j’exagère. Je vais encore gloser sur Sarkozy.
Il faut dire, à ma décharge, que son usage non-standard du français suscite de nombreuses réactions dans les médias, et que ça en dit long sur les représentations de la langue française chez nos contemporains.
Sarkozy fait finalement plus pour la reconnaissance de la langue parlée que 30 ans de recherche sur la syntaxe de l’oral. Ce qui n’est pas à la gloire des linguistes, il faut bien le dire. Des énoncés comme « Si y en a que ça les démange, d’augmenter les impôts… » ou « On se demande c’est à quoi ça leur a servi ? » font partie des phrases épinglées dans la parole présidentielle.
Tous les gens normaux considèrent ces constructions comme des fautes, bien qu’elles soient très courantes et qu’elles répondent aux contraintes de la communication parlée. Je n’étonnerai pas grand monde en réaffirmant ici que ce ne sont pas les locuteurs qui sont en cause, mais bien la description du fonctionnement de la langue …
Brisons là, et venons-en au fait de cette chronique.
Comme le remarque Guillemette Faure de Rue89, la manière de parler de Nicolas Sarkozy confronte les journalistes à un choix. Faut-il transcrire exactement ce qu’il dit, ou faut-il corriger ses « fautes » comme le fait Le Monde ? Quand le président dit « j’ai pas été élu pour augmenter les impôts », le journal de référence corrige en « je n’ai pas été élu ». La plus grande partie des médias écrits fait de même. La journaliste de Rue89 constate alors qu’il y a deux poids deux mesures. Quand les journaux citent des « gens du peuple », ils n’hésitent pas à transcrire exactement la forme de leurs paroles. L’authenticité est à ce prix. Mais un président de la République n’est pas censé s’exprimer comme le populo, et les « ya » deviennent des « il y a », les « j’suis pas » des « je ne suis pas »… L’ordre social serait-il aussi à ce prix ?

(Chronique parue dans le Matin Di2009_03_30_sarkofautes.jpgmanche, 5 avril 2009)

 

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