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25.07.2009

La guerre des panneaux

Le ministère israélien des Transports a annoncé le 13 juillet que les noms arabes des localités situées en Israël seront retirés des panneaux indicateurs. Actuellement la signalisation est trilingue et utilise trois alphabets différents : hébreu, arabe et latin. À l’avenir, seul le nom hébreu figurera sur les panneaux, et même dans l’équivalent « latin » du nom. On ne lira donc plus Jerusalem, mais Yerushalaym (« ville de la Paix »). Quant à Al Quds (ou Al Qods), le nom arabe qui signifie « La Sainte », il sera retiré de la circulation, sur les panneaux, comme dans les cartes. Le gouvernement israélien parle de « normalisation ».
On parle de normalisation lorsque des représentants d’une communauté linguistique majoritaire obtiennent le pouvoir, après une période où leur langue a longtemps été minorisée, voire interdite. La Catalogne a connu en tel processus après la mort de Franco. Le catalan « langue propre » de la Catalogne s’est non seulement affiché symboliquement sur les panneaux de signalisation, mais a tenté (et partiellement réussi) de s’imposer face à l’espagnol comme langue de l’administration, des tribunaux, de l’école et des médias.
Dans le cas d’Israël, où la diversité linguistique endogène (arabe) et exogène (toutes les langues des immigrants) est très grande, c’est la fonction hyper-identitaire de l’hébreu moderne comme seule langue légitime de l’état qui est soulignée par la « normalisation ».
Cet acte politique dénote une volonté de masquer l’hétérogénéité linguistique et culturelle du territoire israélien, et il constitue une provocation pour la minorité arabophone (20%, même pourcentage que les Romands en Suisse). L’hébreu et l’arabe sont constitutionnellement les langues officielles de l’état d’Israël, ce qui rend la décision encore plus choquante.
Une guerre des panneaux est en vue. Il est vrai qu’à côté du reste, cela semble bien dérisoire.

(Chronique parue dans le Matin Dimanche, 26 juillet 2009)

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18.07.2009

aze, èze, oze, uze

La langue française rayonne-t-elle encore ? C’est à cette enseigne que la chaine parlementaire française a proposé un débat à l’occasion de la XXXVème session de l’assemblée parlementaire de la francophonie qui s’est tenue à Paris début juillet.
Première constatation, la définition bien française de la francophonie est actualisée dès le lancement du débat. Le journaliste s’excuse en effet auprès de « Mme la députée française » de présenter d’abord « ceux qui représentent la francophonie ». On en conclut que les Français ne sont pas des francophones. En revanche, Didier Berberat, « maire d’une commune frontalière, pas très loin de la frontière française » l’est. Ainsi que le diplomate sénégalais Doudou Diène.
Participe aussi au débat le linguiste Claude Hagège, qui profite de l’occasion pour dire à M. Bèrbèrat, qu’il a « honte pour cette chère Confédération helvétique ». La viersprachige Schweiz bascule vers l’anglais, mais que fait le gouvernement ?
Hagège s’adresse aussi à M. Diane (Diène lui fait remarquer courtoisement le diplomate) pour le complimenter sur les écrivains africains « qui apportent à la langue française une sorte de nouveauté, un parfum, une fraicheur liée à leurs langues tribales et régionales »… Exactement comme le font les écrivains suisses, d’ailleurs, n’est-ce pas monsieur Bèrbèrat, comme Echenoze ou d’autres…. ce grand écrivain régionaliste un peu ancien maintenant dont le nom se termine par aze ou èze… « Chappaze, Maurice Chappaze ? » lance timidement le futur conseiller aux Etat neuchâtelois. Probablement, probablement élude le très professeur au Collège de France…
Je me demande s’il ne voulait pas plutôt parler de Ramuze. Quant à Jean Echenoz, même si son nom se termine par une voyelle suivie d’un z, il n’est pas suisse, mais français.
Claude Hagège apporte aussi beaucoup d’exotisme et de diversité à la francophonie.

(Chronique parue dans le Matin DImanche, 19 juillet 2009)

La vidéo du débat est là :
http://www.dailymotion.com/video/x9sew1_la-langue-francaise-rayo...

04.07.2009

Du baptême à la baptisation

Je lis dans un journal de l’ouest algérien : « Les campagnes de débaptisation et rebaptisation qui ont suivi l’indépendance »…

Lorsqu’elles sont devenues indépendantes, les anciennes colonies françaises ont tenu à marquer le changement historique dans leurs noms de lieux. Des Places Victor-Hugo sont devenues Places de l’Indépendance ; les Rues de France ont été débaptisées.
Les verbes baptiser, débaptiser et rebaptiser sont bien recensés par les dictionnaires français, mais pas de « baptisation ». Mais enfin, me direz-vous, on a déjà un nom pour cela, c’est le baptême !
En effet, de ce côté-ci du monde, on peut parler du baptême d’une rue ou d’une place. Mais consultez un dictionnaire ordinaire, le nom baptême est d’abord présenté comme un rite d’initiation chrétien. Le sens de baptiser est lui aussi défini en premier lieu comme un acte de bénédiction (administrer le baptême à un enfant, puis par extension à une cloche, à un bateau…). Le rite du baptême veut que le ou la baptisé-e reçoive un nom qui signifie son nouveau statut et son appartenance à la foi chrétienne. Toutefois, la généralisation du baptême dans nos contrées s’est accompagnée d’une certaine déritualisation, qui est bien reflétée par le sens actuel de baptiser : pour la plupart des locuteurs d’aujourd’hui, le verbe signifie d’abord « donner un nom ».
L’apparition de baptisation/débaptisation/rebaptisation dans le français algérien ne fait que prolonger ce mouvement de déchristianisation du sens de « baptiser ». Même si ces substantifs ne sont pas recensés dans les dictionnaires, on constate qu’ils sont parfaitement conformes aux règles morphologiques du français et qu’ils créent une série pratique pour parler de la réalité. Ces néologismes apparaissent dans une société musulmane où les connotations chrétiennes de « baptême » favorisent certainement l’adoption de mots concurrents, moins marqués religieusement.

(Chronique à paraitre dans le Matin Dimanche, en principe le 12 juillet 2009)

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