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02.01.2010

La souffrance au travail

Qu’elles en aient ou qu’elles en cherchent, le travail sera au centre des préoccupations de beaucoup de personnes en 2010.

L’évolution sémantique de « travail », comme celle de Arbeit ou de l’anglais labor vaut le détour. Au départ, ces mots évoquent des activités désagréables. En ancien français, le travail, c’est ce qui fait souffrir physiquement ou moralement. Le mot vient de tripalium, instrument de torture. À noter que l’anglais travel est de la même famille, ce qui montre qu’on ne voyage pas toujours pour le plaisir.

L’allemand Arbeit remonte à un ancien mot germanique arba qui signifie « valet ». Arbeit a aussi des connotations négatives durant tout le Moyen-Âge. Il signale la souffrance, le fait d’endurer. Ceux qui travaillent sont les pauvres et les subalternes. Quant à l’anglais labor, il laisse voir en transparence le latin labor, activité astreignante et pénible, qui aboutit à « labeur » et « labourer » en français, lavorare (travailler) en italien.

Mais ces connotations négatives vont peu à peu s’estomper. C’est d’abord la faute à Luther et à Calvin, qui font converger religion et sens des affaires pour fonder l’éthique protestante du travail. Travail et Arbeit se parent de vertus. Puis Adam Smith, théoricien du libéralisme économique du 18e siècle, en remet une couche : il est le premier à utiliser labor dans le sens positif de « ce qui doit être fait pour satisfaire ses besoins matériels ».

Aujourd’hui, on travaille en français, lavora en italien, arbeitet en allemand, et works en anglais. Work est de la même famille que l'allemand Werk (œuvre, ouvrage) et remonte à une racine indo-européenne *werg, qu’on retrouve dans le grec classique ergon : « énergie, action, travail » (ergonomie, ergothérapie). Work évoque davantage le plaisir que la souffrance, qui entache le travail dans la réalité actuelle comme dans l’étymologie.

 

(Chronique parue dans le Matin Dimanche, 3 janvier 2010)

 

Sources ici

 

On peut aussi lire La Condition de l'homme moderne de Hannah Arendt pour poursuivre la réflexion sur la différence entre l'oeuvre et le travail.

Trackbacks

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Commentaires

... sans oublier Max Weber!

Et pour ce qui est des chroniques du travail "tripalium" au quotidien, je feuillette parfois le blog "Voilà le travail": http://voila-le-travail.fr/

Ecrit par : Daniel Fattore | 03.01.2010

Tout cela est très intéressant mais je dois retourner... travailler! ^^

Ecrit par : assurance auto jeune | 21.06.2011

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Ecrit par : porno | 18.09.2011

Au menu du Grand 8 de la radio romande ce vendredi, une discussion sur l’avenir de la sociabilité médiatisée par les réseaux tissés sur la Toile. Comment « gérer ses amis » quand on en a tellement ? Cette abondance pose un problème de gestion des stocks, mais également de sens du mot « ami ». Pour moi, qui suis née au milieu du siècle passé, « ami » s’oppose à « copain » sur le plan de l’intensité de la relation. Un ami est plus qu’un copain. Sans parler de l’expression désuète de « bon ami » ou « bonne amie » qui désigne encore plaisamment, en Suisse, l’amoureux ou l’amoureuse. Mais pour les dictionnaires actuels, les deux mots ne se distinguent plus que sur le plan des registres : « copain » est familier.

Ecrit par : شات مصرى | 02.11.2011

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