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28.02.2010

Orthographe et propagande

En cherchant à m’informer sur l’initiative du comité «Financer l’avortement est une affaire privée – Alléger l’assurance maladie en radiant les couts de l’interruption de grossesse de l’assurance de base», je suis tombée sur une série de vidéos étrangement semblables: un récit fait par une jeune femme contrainte d’avorter et qui le regrette amèrement. Le récit est évoqué de manière minimale par des diapositives textuelles qui alternent avec des images de bébés, souvent affublés d’ailes, parfois de rubans et de roses, ou d’un ruban bleu avec un gros nœud et une étiquette « From God », qui emballe le poupon mignon comme un cadeau. Le fond sonore est toujours le même: une mélodie triste au piano, une chanteuse à la voix douce et des pleurs de bébés. Le texte commence par l’explication de la situation initiale : « mon choix a était une obligation » ou « je n’avais pas le choi » ou encore « j’étais obliger ». Ils se terminent par l’expression des regrets : « je suis desoler » ; « je voudrai revenir en ariere », associée parfois à l’idée d’une réunion au paradis : « maman te rejoindra pour te dire quelle est desoler ».
Sachant que les milieux prosélytes chrétiens ont toujours voulu parler la langue de celles et ceux qu’ils entendent bien convertir à leurs vues, je me demande si ces vidéos déposées sur la Toile ne sont pas de la pure propagande des milieux anti-avortements catholiques ou évangéliques. Les personnes rédigeant ces textes ne feraient-elles pas exprès des fautes d’orthographe pour se rapprocher de la langue écrites des jeunes ? Les premières concernées sont en effet de très jeunes filles... Au vu des commentaires postés sous les vidéos, comme celui-ci par exemple: « quand [ma soeur] pence que son bebe et la ho ell oci le dit biento je te rejoindre », un constat s’impose cependant: il y a encore du chemin à faire pour écrire le vernaculaire du cœur de cible !

(Chronique parue dans le Matin Dimanche, 28 février 2010)

20.02.2010

De l'art d'être vraiment petit

La Suisse accueille le XIIIe sommet de la Francophonie un peu en catastrophe, vu qu’il était prévu à Madagascar. Mais en raison d’un coup d’état qui a destitué Marc Ravalomanana, la cinquième ile du monde a été provisoirement suspendue de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et privée de Sommet. La Suisse a promptement levé le doigt pour dire qu’elle était prête à jouer les remplaçantes au pied levé et tout le monde a accepté, avec un ouf de soulagement.

Mercredi soir. 18h, c’est Forum sur la Première. Le journaliste est tout content de nous servir la polémique du jour : un nouvel épisode de la guéguerre entre les Vaudois rupestres et les Gueules élastiques genevoises. On vient de l’apprendre : c’est Martine Brunschwig Graf qui a proposé de retrancher 5 millions (sur 35) dans le budget de l’organisation du Sommet, qui aura donc lieu à Montreux (Vaud).

Est-ce qu’on va parler du 40e anniversaire de Francophonie ? Des enjeux pour la Suisse qui reçoit 70 chefs et cheffes d’Etat ? De la situation de Madagascar ? Des langues qui y sont parlées ? Pas du tout ! En résumé, cela donne ceci : allons Mme la Conseillère nationale genevoise membre de la Commission des finances, reconnaissez que vous avez fait cette proposition uniquement pour chicaner les Vaudois ! — Mais absolument pas! Ce budget a été évalué à la louche, d’autres (on ne saura pas qui) voulaient même l’amputer de 10 millions, c’est grâce à moi qu’un compromis a été trouvé, d’ailleurs ma proposition a été approuvée à l’unanimité moins deux abstentions, et la Confédération elle-même dit que ça suffira…

On ne parlera que de l’antagonisme séculier entre ces deux minuscules territoires lémaniques. C’est qu’il faut bien trouver un angle qui capte l’attention des chers auditeurs. Le localisme étriqué fait toujours plus recette que les grands raouts genre Sommet de la Francophonie.

 

(Chronique parue dans le Matin Dimanche, 21 février 2010)

14.02.2010

Droits linguistiques et migration

Une directive de l’UE oblige ses états membres à prévoir un enseignement des langues minoritaires à l’école primaire. Il s’agit en fait des langues des citoyens européens circulant librement, mais la directive encourage les états à élargir ce droit aux élèves migrants du monde entier. C’est ce que fait la Suède. Dès que cinq enfants parlant une autre langue que le suédois sont dans une école, un enseignement de cette langue est mis en place à leur intention, afin qu’ils développent un bilinguisme à l’écrit et à l’oral.

Par les temps qui courent, cette ouverture à l’autre, qui se manifeste par la reconnaissance de son droit à apprendre la langue de sa famille en même temps que celle de l’école, a du plomb dans l’aile. La Commission européenne a lancé en 2008 une grande consultation sur les questions d’éducation en lien avec la migration. Et l’on voit resurgir avec force une affirmation dont les scientifiques ont pourtant démontré la fausseté : le bilinguisme serait la plupart du temps un handicap linguistique. À cette affirmation infondée s’ajoute un argument économique tout aussi faux : les langues de la migration n’auraient aucune valeur sur le marché du travail ; il ne sert à rien d’être bilingue avec l’albanais ou le lingala. Enfin, soutenir la transmission des langues de la migration augmenterait le risque de tensions entre la population indigène et les nouveaux arrivants. Bref, le maintien des langues parentales n’est plus du tout une priorité et certaines voix (surtout germanophones) s’élèvent pour réclamer la suppression de la directive.

Cette nouvelle posture face aux migrants se donne des airs de générosité : c’est en se fondant le plus vite possible dans la communauté nationale, en parlant sa langue sans accent, que l’on grimpera l’échelle sociale. Mais c’est surtout la peur de l’autre et l’ethnocentrisme qui motivent ce virage à 180 degrés.

 

(Chronique parue dans le Matin Dimanche, 14 février 2010).

 

La consultation est ici:

   http://ec.europa.eu/education/news/news1875_en.htm

Le papier scientifique qui semble créer la nouvelle donne en matière d'expertise est là:

   http://www.wzb.eu/zkd/aki/files/aki_research_review_4.pdf   

07.02.2010

Planifier sa santé

Les milieux anti-avortement de Suisse reprennent du poil de la bête. Les conseillers des plannings familiaux s’inquiètent : va-t-on voir réapparaitre la technique artisanale des aiguilles à tricoter ?

Arrêtons-nous le temps de cette chronique sur cette curieuse appellation de « planning familial »... Voilà une dénomination qui fleure bon le milieu du siècle passé, une époque où naissances et famille sont encore pensées ensemble, même si la sexualité est de plus en plus ouvertement dissociée des fonctions de reproduction de l’espèce. Le mot planning arrive en Europe avec les Américains, pendant la deuxième guerre mondiale. Le family planning, associé à la régulation des naissances, s’inscrit dans cette vogue de la planification. Les terminologues français recommandent « planisme familial », mais en vain. « Planning », comme « parking » et « camping » sont devenus des mots français.

Aujourd’hui, les adolescentes vont toujours au planning familial pour accéder à la contraception ou chercher de l’aide en cas de grossesse non désirée. Mais pour beaucoup d’entre elles, vie sexuelle et formation d’une famille sont deux choses totalement différentes, et c’est tant mieux. Le sens initial de « planning familial » est même devenu obscur pour certaines… il est parfois remotivé comme « lieu où l’on peut rencontrer des personnes en qui on peut avoir confiance », une sorte d’extension ou de substitut de la famille !

En Suisse, l’organisation faitière des centres de planning familial témoigne aussi de cette évolution des mentalités: son nom est « Fondation pour la santé sexuelle et reproductive ». L’idée de la famille a disparu au profit du concept de sexual and reproductive health (eh oui, encore l’anglais, et on notera au passage qu’ils ne se sont pas foulés pour la traduction).

C’est aussi cette évolution sociétale du sexe que les très chrétiens anti-IVG ont de la peine à avaler.

 

(Chronique parue dans le Matin Dimanche, 7 février 2010)

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