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07.03.2010

La publicité ne passera pas par moi

Il y a quelques années, Google a râlé parce qu’on dénaturait sa marque en la faisant passer par la moulinette de la langue pour néologiser à tout vent. Google, c’est en fait Google®, et les inventeurs des verbes googler, du nom googlage, de l’adverbe googlement et de l’adjectif googlable ont été priés de surveiller leur langage. En vain, puisqu’aujourd’hui ces termes sont largement attestés sur la Toile, comme dans nos échanges quotidiens.

Les vendeurs en tout genre n’aiment donc pas qu’on attente à l’intégrité linguistique de leurs marques, mais ils ont toutes les astuces pour les faire circuler en dehors du genre publicitaire clairement identifié comme tel. Il s’agit de vous exposer aux produits alors que votre attention est attirée par autre chose. Cette stratégie marketing appelée « placement de produits » se fait beaucoup au cinéma. Il paraitrait même que ça augmente l’efficacité de la pub : votre cerveau enregistre à votre insu et vous prédispose à acheter la marque en question. Tout est bon pour augmenter les bénéfices des actionnaires.

En lisant le dernier de roman de Philippe Djian, Incidences, je me suis demandé si le placement de produits n’avait pas gagné la littérature. Voitures, cigarette, médicaments, cosmétiques… Il y a tellement de marques que, forcément, ça éveille des soupçons. S’agit-il d’une stratégie stylistique ou commerciale ? Touche-t-il chaque fois qu’il cite ? Mystère…

Mais le pompon en matière de publicité clandestine est atteint avec le *Schtroumpf Learning Center (*pseudonyme) qui vient d’ouvrir ses portes à Lausanne. Il ne s’agit plus seulement de voir en vous une cible potentiellement acheteuse, mais aussi de vous transformer en support de diffusion sonore ou visuel, en vous obligeant à dire ou à écrire schtroumpf chaque fois que vous parlez de la médiathèque de l’EPFL.

Comme le sida, ça ne passera pas par moi !

 

(Chronique parue dans le Matin Dimanche, 7 mars 2010)

 

 

Commentaires

Si c'est une astuce stylistique, on parle alors de "namedropping" - ça s'étend aux personnalités, et permet aussi à l'écrivain de dessiner un positionnement social (un personnage qui roule en Mercedes, par exemple, sera tout de suite catalogué comme riche par le lecteur).

Pour ce qui est du soupçon de "placement de produits", il y avait une astuce signalée par San-Antonio: il avait cité Damart sans penser une seule seconde à faire de la pub pour cette marque, simplement pour désigner un produit courant de façon simple. Et Damart lui avait envoyé quelques produits en guise de remerciement. Du coup, Frédéric Dard s'est demandé ce qui se passerait s'il citait une marque de voitures célèbre et très chère...

Ecrit par : Daniel Fattore | 07.03.2010

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