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09.05.2010

Greffe de mots

Fin mars, les résultats d’un concours organisé par le secrétariat d'Etat français chargé de la Coopération et de la Francophonie ont été largement médiatisés. Ce concours avait pour but de trouver des équivalents français à des termes anglais employés dans le domaine des nouvelles technologies. Le jury a notamment retenu ramdam, infolettre, éblabla (ou tchatche) comme équivalents de buzz, newsletter et chat. Les réactions des internautes face à ces créations ont été pour la plupart négatives, souvent sur le registre « non mais ils n’ont vraiment rien d’autre à faire que proposer des mots qui de toute façon ne seront jamais adoptés ? ». D’autres trouvent ridicule de remplacer l’anglicisme buzz par un emprunt à l’arabe (ramdam vient de ramadan et évoque la chaleur des réjouissances nocturnes de la fête religieuse musulmane). D’autres encore s’interrogent sur la légitimité de telles décisions. Qui a le droit de décider des mots à utiliser ? Dans les jours qui ont suivi les résultats du concours cependant, de nombreux journalistes ou animateurs se sont repris à chaque fois qu’ils utilisaient le terme buzz, en signalant que désormais il fallait parler de ramdam… puis on a passé à autre chose. Six semaines après, tout le monde a oublié cette tentative d’infléchir l’usage et à mon avis ramdam a peu de chance de se diffuser comme équivalent de buzz, à l’inverse de courriel qui parvient à concurrencer email ou mail. Ce dernier terme — courriel — est l’abréviation de courrier électronique. Il a été proposé par les Québécois dans les années 90, puis est devenu en France la traduction officielle de e-mail en 2003. Il se diffuse peu à peu dans l’usage, écrit tout au moins, et devient un mot comme un autre. La greffe terminologique semble avoir pris pour ce terme artificiellement construit, mais les risques de rejet me semblent élevés pour les gagnants du concours Francomot.

 

(Chronique parue dans le Matin Dimanche, 9 mai 2010)

Commentaires

Avez-vous essayé de "googler" "Infolettre"? Le terme existait déjà par ailleurs... Et par ailleurs toujours, vous savez qu'il existe un organisme très sérieux, Franceterme, dont la fonction est de trouver des équivalences françaises aux anglicismes qu'on lui soumet. Reste que c'est un boulot, parce que souvent, avant de proposer une équivalence, il convient de savoir de quoi l'on parle vraiment... qu'est-ce que que le "cloud computing", pour ne citer qu'un exemple sur lequel a planché Franceterme récemment?

Ecrit par : DF | 09.05.2010

Oui, je connais Franceterme. Ce travail de terminologie est en effet important pour l'aménagement linguistique. J'ai pas mal changé d'avis là-dessus ces dernières années. Ce travail terminologique m'apparaissait comme un peu dérisoire et inutile, mais je pense maintenant qu'une langue n'est jamais naturelle, elle se constitue par des moyens humains, et son statut est en partie liée à son corpus (à ses mots "propres"). C'est symbolique, mais les symboles sont importants en la matière. Et les usagers ne sont pas obligés de suivre les recommandations (je ne le ferai pas pour ramdam, je préfère dire le "binnz" tant qu'à faire, mais j'écris maintenant courriel, tout en disant mail...)

Ecrit par : marinette matthey | 10.05.2010

Vous dites "mail", cela pourrait s'écrire "mél"...

J'ai cru comprendre que l'approche de Franceterme est plutôt pragmatique, en effet: on lance un mot, et s'il "prend" auprès des locuteurs, tant mieux. Tout en sachant que des critères existent pour augmenter les chances de succès d'un mot ainsi créé.

Il y a eu quelques jolies victoires contre l'anglais, par exemple l'éviction de "know-how" au profit de "savoir-faire" - voire des allers et retour: le terme "informatique", 100% français, a été repris par l'anglais ("informatics") parce qu'il est quand même plus commode que "information technologies"...

Ecrit par : Daniel Fattore | 10.05.2010

Bonjour, j'aimerais poser 3 questions à Mme Marinette Mattey. Pourriez-vous faire suivre, s'il vous plait?
Pourquoi utilise-t-on le graphème "g" devant e,i,y pour représenter le son "J", étant donné que le français écrit dispose déjà de la lettre "j" ? Ce serait plus simple d'écrire "pijon","voyaje", par exemple. Serait-ce pour maintenir un lien avec une forme ancienne ? Si oui, laquelle? Dans tous les cas?
La même question peut se poser par rapport au graphème "c" qui représente le son S devant i, e, y. Ce serait plus simple d'écrire sinéma, serise, assidité.
Troisièmement, on apprend aux enfants à l'école que oy donne /waj/ (ployer), ay => eille (payer). Cependant, ce n'est pas toujours le cas, comme le remarquait ma fille de 7 ans avec le mot "coyote" qui n'est donc pas un coillotte (merci Yakari pour le coyote!), comme pour le mot "kayak". Je trouve l'usage du graphème Y compliqué, puisque dans certains cas, serait-ce celui des mots issus de langues étrangères?, il n'influence pas la prononciation du graphème précédent. Pourtant il y l'expression "Oyez...".
Parallèlement, est-ce que la suite -aille représente toujours /aj/ comme pour le mot "paille" ou non?
Comment peut-on essayer d'expliquer ces phénomènes de manière logique et simple ? Auriez-vous un ouvrage de référence relatif à ces questionnements?
D'avance je vous remercie de vos éclaircissements.
Isabelle Chaberlot

Ecrit par : chaberlot | 18.05.2010

L'orthographe a une longue histoire, bien compliquée. Il y a un petit Que sais-je de Nina Catach sur l'orthographe qui est bien fait, et je vous conseille également un numéro de la revue PANORAMIQUE qui s'intitulait, je crois, "Ortograf, c'est pas ma faute".
Maintenant sur vos questions, pourquoi g alors qu'on a déjà j? Il s'agit effectivement d'une histoire d'étymologie. La question de la codification du son "j" a posé des problèmes au français, la lettre J est une innovation du XVIIe siècle, si je me rappelle bien. Avant, la lettre I codait à la fois "i" et "j". On écrivait "Ie" pour "je", par exemple. l'introduction du J, absent de l'alphabet latin, a permis de distinguer la voyelle de la consonne. De manière générale, il n'y a pas de relations bi-univoque entre une lettre et un son, hélas. Donc, effectivement, t, s, ç, ss, sc, notent toutes "s", le graphème est conditionné par l'étymologie ou les liens avec les dérivés (glaçon parce que glace; Ascension parce que ascendere en latin (prononcer askenderé), etc.
Votre fille a mis le doigt sur l'absence de régularités dans les graphies du français, où la figure écrite des mots comptent beaucoup dans le mémorisation. Il faut apprendre les mots ployer ou coyotte comme les enfants chinois apprennent les signes de leur langue!
Enfin, je dirais qu'on peut tout expliquer de l'orthographe du français, mais pas d'une manière logique et simple, donc on est parfois obligé de simplifier, quitte à dire des contre-vérités! Mais cette histoire est bien intéressante, notamment parce que les gens se sont beaucoup engueulés à son propos.
Je vous renvoie aussi à un article que j'ai écrit il y a quelques années pour l'Educateur qui s'appelle quelque chose comme "entre habitude et outil" on le trouve sur la Toile (site de la Délégation à la langue française de la CIIP)..
Bien cordialemen

Ecrit par : marinette matthey | 18.05.2010

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