02.04.2010

A quelque chose malheur est bon

Ce proverbe s’applique bien à l’orthographe du français qui n’est pas une sinécure, comme chacun le sait. Il n’est pas facile de l’apprendre et même les adultes à l’aise dans l’écriture ne sont jamais à l’abri des fautes dites d’expert, justement, comme les accords de proximité (« je les appellent »). C’est qu’à force de mettre en place des automatismes pour tracer ou taper « s » ou « ent » dès qu’un pluriel s’annonce, il arrive que ces réflexes fonctionnent trop bien.

A cela s’ajoute que le trajet du scripteur au lecteur s’est fortement réduit aujourd’hui. On écrit soi-même des courriels plutôt que de dicter des lettres à son secrétaire, et nous sommes de plus en plus nombreux à contribuer à l’accroissement de la couche de mots sur la Toile. Et enfin, on ne se relit pas beaucoup. En conséquence, la variation graphique explose et l’inquiétude gagne les entreprises qui ont peur pour leur image. Certaines commencent à engager des « coachs en orthographe » pour assurer la formation continue de leurs cadres désormais privés de secrétaire.

Le coaching en orthographe est bien sûr une appellation plus sexy que « stage de remise à niveau », mais le principe est le même. Durant quelques jours de formation, les stagiaires revoient les grands monuments orthographiques du français : l’accord du participe passé (ah !), surtout celui des verbes pronominaux (oh !), et aussi tous les bons vieux trucs et astuces pour ne plus confondre infinitif et participe passé dans les verbes du premier groupe (il suffit de remplacer par mordre/mordu ou vendre/vendu, mais oui, vous ne vous en souveniez plus?), etc.

On ne va pas bouder sur l’avènement d’un nouveau métier. La difficulté du français permet de créer une activité économique ? Tant mieux ! Mais ce n’est pas de bon augure pour l’évolution de l’orthographe: pourquoi vouloir réformer une poule aux œufs d’or ?

 

(Chronique parue dans le Matin Dimanche, 4 avril 2010)

28.02.2010

Orthographe et propagande

En cherchant à m’informer sur l’initiative du comité «Financer l’avortement est une affaire privée – Alléger l’assurance maladie en radiant les couts de l’interruption de grossesse de l’assurance de base», je suis tombée sur une série de vidéos étrangement semblables: un récit fait par une jeune femme contrainte d’avorter et qui le regrette amèrement. Le récit est évoqué de manière minimale par des diapositives textuelles qui alternent avec des images de bébés, souvent affublés d’ailes, parfois de rubans et de roses, ou d’un ruban bleu avec un gros nœud et une étiquette « From God », qui emballe le poupon mignon comme un cadeau. Le fond sonore est toujours le même: une mélodie triste au piano, une chanteuse à la voix douce et des pleurs de bébés. Le texte commence par l’explication de la situation initiale : « mon choix a était une obligation » ou « je n’avais pas le choi » ou encore « j’étais obliger ». Ils se terminent par l’expression des regrets : « je suis desoler » ; « je voudrai revenir en ariere », associée parfois à l’idée d’une réunion au paradis : « maman te rejoindra pour te dire quelle est desoler ».
Sachant que les milieux prosélytes chrétiens ont toujours voulu parler la langue de celles et ceux qu’ils entendent bien convertir à leurs vues, je me demande si ces vidéos déposées sur la Toile ne sont pas de la pure propagande des milieux anti-avortements catholiques ou évangéliques. Les personnes rédigeant ces textes ne feraient-elles pas exprès des fautes d’orthographe pour se rapprocher de la langue écrites des jeunes ? Les premières concernées sont en effet de très jeunes filles... Au vu des commentaires postés sous les vidéos, comme celui-ci par exemple: « quand [ma soeur] pence que son bebe et la ho ell oci le dit biento je te rejoindre », un constat s’impose cependant: il y a encore du chemin à faire pour écrire le vernaculaire du cœur de cible !

(Chronique parue dans le Matin Dimanche, 28 février 2010)

22.11.2009

Histoire de Esse et Zède

Il y a des évidences qu’on n’interroge jamais. Par exemple, le fait de mettre un -s au pluriel. Mais d'où ça vient ? me demande une lectrice orthophoniste. Est-ce un choix arbitraire, ou alors c’est encore un coup du latin ? Je pense que, pour une fois, le latin n’y est pas pour grand chose. Mais s n’est pas arbitraire, et on retrouve cette marque du pluriel dès les débuts du français. Ce n’est guère étonnant puisqu’elle renvoie à la liaison du pluriel entre consonne et voyelle, obligatoire pour  « i zarivent », facultative dans « les poissons zargentés ». La lettre s marque le pluriel à l’écrit, et se réalise parfois par un /z/ a l’oral. Mais alors, justement, me direz-vous : pourquoi s et pas z? Effectivement, on aurait pu avoir z comme marque de pluriel. Cela s’est fait pour certains mots, jusqu’à la moitié du XVIIIe. Les règles d’alors réclamaient des amitiez, des melons sucrez, des feuz… Si z avait supplanté s, vous auriez pu lire dans vos journaux de la semaine écoulée : « Lez Suissez sont championz du monde des moinz de dix-sept anz » ou « Les longz minaretz effrayent certainez Helvètez craintivez ».

Mais comme rien n’est jamais simple dans l’orthographe du français, la lettre z avait aussi une valeur d’accent aigu, à cette époque que les moins de 300 ans ne peuvent pas connaitre. Ecrire amitiez plutôt qu’amities signalait au lecteur que le mot se prononce « amitié » et non « amitîe ». Cette ambigüité explique qu’on ait préféré finalement s à z comme marque de pluriel, même si s « chante » /z/ entre deux voyelles, comme on l’apprend à l’école primaire… Et cela énervait le réformateur Robert Poisson, qui écrivait il y a pile 400 ans : « Zedde à tout autre son qe la lettre s & bien ne se sauroient l’une pour l’autre écrire ». Et il proposait les graphies dézirer et cauzer… que l’on rencontre encore sporadiquement sur la Toile !

 

(Chronique parue dans le Matin Dimanche, 22 novembre 2009)

 

L'alfabet de la vrée et pure ortograf de Robert Poisson est  ici

 

24.10.2009

Pour une philosophie de l'approximation

Pour la vingtième fois en Suisse, des spécialistes de gaulthéries, de paulownias, et autres rocouyers se sont donné rendez-vous pour éprouver leurs connaissances. Non, il ne s’agissait pas de jardinage, mais de la grande finale du 20ème championnat suisse d’orthographe 2009 qui s’est déroulé dans la salle du Grand Conseil valaisan le weekend passé. Une salle de débats législatifs pour une dictée, tout un symbole !

Le jour suivant, un des organisateurs s’exprime sur les ondes de la radio romande pour commenter ce 20ème succès. Il regrette le relativisme actuel en matière d’orthographe et avance cette comparaison : quand on apprend les tables de multiplication, 7 fois 7, cela fait 49 et pas 48 ou 50. En matière d’orthographe, cela devrait être la même chose. Il y a un s ou il n’y en a pas ; c’est er ou é, etc.

Comparer la maitrise des « livrets » (comme on dit en Suisse depuis au moins Poulain de la Barre, 1691, : « Nul ne peut être un bon Chifreur, si son Livret ne sait par cœur ») avec le bon usage orthographique, c’est exagérer un brin. Si je lis une recette de cuisine bourrée de fautes d’orthographe, cela ne m’empêchera pas de réaliser le plat en question. En revanche, si je dois adapter les proportions données au nombre de convives et que je m’emmêle les pinceaux dans une règle de trois, le risque d’inmangeabilité augmente considérablement.

Il me semble qu’assimiler la précision arithmétique à la correction orthographique relève par ailleurs d’une vision scolaire et trop élémentaire de la langue et des nombres. L’approximation est une dimension fondamentale des mathématiques, tous les matheux vous le diront. On pourrait donc tout aussi bien évoquer la comparaison avec la noble science des nombres pour légitimer la notion d’approximation en ortograf, ortographe, ortaugraffe, hortaugraf… graphies qui approchent toutes la forme correcte !

 

(Chronique du Matin Dimanche, 25 octobre 2009)

 

PS: La référence à Poulain de la Barre vient de l'article "livret" de l'excellent dictionnaire du français de Suisse romande (Zoé).

04.10.2009

Un programme révolutionnaire

Pas une semaine sans qu’un média français n’y aille de son dossier sur l’orthographe. Lundi passé, c’était au tour du Parisien de saluer le retour en grâce de la dictée. Grâce à un « logiciel révolutionnaire », les délinquants orthographiques vont être rééduqués par l’ordinateur-qui-ne-se-lasse-pas-et-ne-s’énerve-jamais, en accomplissant des exercices répétitifs permettant l’acquisition d’automatismes. La bêtise, véritable machine à remonter le temps, nous permet ainsi de renouer avec la psychologie de l’apprentissage des années 1920-1960, dont de nombreux travaux avaient pourtant montré les limites : ce n’est pas parce qu’on réussit un exercice sur le participe passé qu’on va accorder ce même participe lorsqu’on écrit un texte. Mais bon, c’est dimanche, on va pas s’énerver.

Tournons-nous plutôt vers une source de rigolade bienvenue, un programme beaucoup plus révolutionnaire que le précédent : Orthobug - Le programe qui pourri les texte ! Créé par Jean Véronis, professeur de linguistique et d’informatique à l’Université d’Aix-en-Provence, il permet d’ajouter des fautes et des coquilles dans un texte qui n’en contient pas. Petit essai. Je tape la phrase : « Avec ses 26 lettres, l'alphabet latin permet de faire plein de fautes d'orthographe en français ». Et hop, passée au pourrisseur, elle devient: « Avec ces 26 lettres, l'alfabet latin permet de faire plin de fotes d'orthografe en francais ».

Comme le dit mon éminent confrère dans un texte pourri par ses propres soins : « étudiant ou lycéen: ne vous faitez plus repérer quand vous faites des copier-coller dans vos devboirs... Avec quelques faute discrète, vos plagiats seront entièrement crédible ! ».

Qu’on se rassure, ce pourrisseur n’a pas pour vocation première d’accélérer la décadence de la société chrétienne occidentale, il s’agit juste d’un programme qui permet de tester les correcteurs orthographiques…

 

(Chronique parue dans le Matin Dimanche, 4 octobre 2009).

 

Le site de Jean Véronis est là:

http://aixtal.blogspot.com/2005/07/rcr-pourriss-vos-texte...

05.09.2009

Joli coup du père François

Tiens, tiens, comme par hasard, pile la semaine de la rentrée des classes en France, voilà que François de Closets fait paraitre son Zéro faute, l’orthographe une passion française. L’orthographe et sa réforme confirme son statut de marronnier du mois de septembre, et vendeur, qui plus est.

Buzz assuré dans les médias, écharpage traditionnel entre les conservateurs et les réformistes.

Au café du coin, je me gausse en lisant des passages du bouquin à mon voisin de gauche : « supprimer le i de oignon, c’est envoyer les bulldozers contre une église gothique ! » — Non mais tu te rends compte ? Une graphie considérée comme du patrimoine ! Ben je suis d’accord, commente-t-il, mais si c’est pour y construire un HLM, je peux y souscrire… L’orthographe pousse décidemment au filage de métaphores.

Que dit de Closets ? Que la dernière réforminette (les « Propositions de rectifications » de 1990) allait dans le bon sens car elle ne voulait pas choquer les scripteurs, mais qu’elle n’est pas à la hauteur du problème. Qu’une réforme de plus grande ampleur est cependant impossible tant elle soulève les passions. Qu’il faut donc faire avec les fautes d’orthographe, ne pas craindre de les décriminaliser, sans pour autant tomber dans un laxisme déprimé. La solution passe par une prise en compte des nouvelles technologies de l’écriture. Il faut apprendre aux élèves dès le primaire à utiliser les logiciels de traitement de texte et leur correcteur automatique. Une bonne partie des erreurs peuvent être corrigées de la sorte. L’institution scolaire doit donc transmettre aux élèves l’art d’utiliser l’outil informatique de manière intelligente, plutôt que les faire recopier et mémoriser des règles et des exceptions qu’ils s’empresseront d’oublier ou de mélanger une fois hors de la classe.

Faudra-t-il encore des décennies pour appliquer ce simple principe de bon sens ?

 

(Chronique parue dans le Matin Dimanche, 6 septembre 2009)

 

En prime, cette jolie comédie de B. Fripiat, coach en orthographe!

http://www.youtube.com/user/bernardfripiat

 

Et aussi cette réaction du député Haury, qui est un de mes plus fidèles contradicteurs (paragraphe extrait de la lettre qu'il a envoyée au courrier des lecteurs du Matin Dimanche, édition du 13 septembre):

"En apprenant que l'orthographe obéit à des règles, l'enfant apprend aussi que la vie en société obéit à des règles auxquelles il doit impérativement se soumettre. En lui enseignant des règles de grammaire, on le prépare à respecter autrui — et à le retenir de planter son couteau dans le coeur d'un malheureux qui le regarde de travers." (Allusion à l'assassinat perpétré à Lausanne la semaine passée dans le parc de Montebenon).

 

 

 

 

28.06.2009

Drôle de genre

Je viens de terminer la correction d’un certain nombre de dossiers sur l’orthographe, rédigés par des étudiants arrivés au terme de leur premier cycle universitaire. Dans un nombre non négligeable de ces travaux, orthographe est au masculin. L’erreur est trop récurrente pour qu’il s’agisse d’une faute de frappe.
Un petit tour sur la Toile confirme la régularité de cet usage, parfois même dans une offre d’emploi ! (« Word et Excel sont indispensables ainsi qu’une grammaire et un orthographe irréprochables »). Il semble donc qu’on peut ajouter orthographe à la liste des mots dont le genre n’est pas très marqué, style caramel, élastique, entracte, ananas, après-midi… Dans les dictionnaires pourtant, orthographe a toujours été recensé comme un substantif féminin, même si le masculin est régulièrement attesté depuis le XVe siècle.
Mais qu’est-ce qui peut pousser les locuteurs à parler d’« un orthographe correct », alors que le mot est très fréquent et que l’écrasante majorité de ses attestations est au féminin? Je vois plusieurs pistes d’explication. La première est l’attractivité exercée par la liste des mots en –graphe, qui sont en général au masculin (autographe, télégraphe, cinématographe, homographe, olographe…). La seconde tient aux caractéristiques des déterminants mon/ton/son, qui effacent la distinction masculin-féminin lorsqu’ils apparaissent devant des mots commençant par une voyelle (ton auto ; ton arbre). Et comme on entend souvent dire : « son orthographe est irréprochable » ou  « mon orthographe est déplorable », etc. cela peut éventuellement entretenir cette confusion du genre.
Il y a peut-être aussi une raison plus psychanalytique (de comptoir, mais quand même). L’orthographe en tant que norme ne représente-t-elle pas la loi du Père, celle que l’individu et la communauté doivent intérioriser ? Le côté « loi du Père » appelle peut-être inconsciemment l’emploi du masculin.

22.03.2009

Scribe pressé et correcteur idiot

De toutes les raisons qu’ont les Français de se plaindre de leur président, une revient très souvent : Sarkozy massacre la langue française et ses discours transcrits sur les sites officiels de la République sont bourrés de fautes d’orthographe.
Prenons ce passage d’un discours tenu en novembre 2008 sur les fonds stratégiques d’investissement, le rôle de l’Etat et de la Caisse des dépôts. Il est adressés à des ministres, des parlementaires, des sénateurs… « et à tous ceux qui sont importants » (sic) :
« Vous voyez comment l'on trouve les 20 milliards. On mettra 6 milliards de liquidités, la Caisse et nous, et pour les 14 milliards restants, on apporte aux participations les participations qu'à la Caisse, les participations qu'à l'État ».
Mettons-nous à la place du transcripteur de ce discours : il doit scrupuleusement noter ce que dit le président. Mais voilà, les paroles de Sarkozy sont peut-être claires et persuasives pour les personnes qui l’écoutent au moment où il parle, mais elles deviennent assez obscures une fois écrites, et extraites de la situation dans laquelle elles ont été prononcées.
N’arrivant probablement pas à reconstituer le sens de ce passage, et peut-être sur la suggestion du correcteur orthographique de son traitement de texte, le scribe pressé opte pour « à la Caisse » et « à l’Etat », à la place de « a la Caisse… ». Du coup, le passage devient franchement incompréhensible.
Le même correcteur informatique a probablement proposé de remplacer « on trouve », par « comment l’on trouve ». Cela m’étonnerait beaucoup que Sarkozy ait réellement produit cette forme étiquetée «  style soutenu » !
Ces propos biscornus sont sur la Toile depuis novembre, la faute d’orthographe aussi. Visiblement, cela ne gêne pas le service communication de l’Elysée, qui préfère soigner l’image du président à la télé que la lisibilité de ses discours.

(Chronique parue dans le Matin Dimanche, 22 mars 2009).

Le discours de Sarkozy :
http://discours.vie-publique.fr/notices/087003592.html

16.12.2008

Yes we can!

La conaissance de l’ortografe est-elle en train de jouer le même rôle que celle du latin il y a encore quelques décenies ? C’est la tèse d’André Chervel, historien de l’éducation en France, qui vient de sortir un petit livre dont le titre comporte trois mots qui lui valent l’intérêt des médias : ortografe, crise et école.
Faute d’avoir pu réformer de manière radicale l’ortografe du français, et faute d’y consacrer un temps sufisant à l’école primaire et secondaire, la conaissance de cette ortografe est de plus en plus parcèlaire à la sortie de l’école obligatoire. Ce constat est étayé par plusieurs études, il est indéniable. On s’acheminerait vers un état où l’ortografe est une pratique d’élite.
Faut-il pour autant, come le préconise André Chervel, augmenter le nombre d’heures consacrées à son étude à l’école obligatoire ? Pas forcément. On peut aussi voir l’aprentissage de l’ortografe come faisant partie d’un savoir-faire professionel ou préprofessionel qui s’acquière dans le post-obligatoire, en lien avec le tipe de textes que les aprentis ou les étudiants doivent rédiger. Prolonger la période d’aprentissage me parait plus sage que la densifier.
Revenir à un enseignement sistématique de l’ortografe ne sufira pas. Aux grands maus les grands remèdes, Chervel pense qu’il faut aussi réformer les règles pour qu’elles soient plus simples à aprendre et à mémoriser. Vous avez ici un échantillon des trois changements majeurs qu’il préconise : supression de toutes les doubles consones inutiles pour la prononciation ainsi que des lettres grecques, généralisation du « s » du pluriel pour tous les noms et tous les adjectifs.
Ces nouvèles façons d’écrire simplifieraient la tâche des élèves et des enseignants. Et elles raprocheraient le français de ses langues voisines : l’italien et le portugais écrivent ortografia, l’espagnol ortografía…
A quand un Matin Dimanche en ortografe nouvèle pour montrer que c’est possible ?

(Cronique parue dans le Matin Dimanche du 21 décembre)

28.10.2008

Orthographe : du nouveau dans les dicos

Il y a 18 ans, de modestes propositions de changement de la norme orthographique étaient lancées dans le monde francophone. Aujourd’hui, ces propositions sont en voie d’être intégrées dans les deux dictionnaires de référence les plus connus (Larousse et Robert).
Il aura fallu pour cela qu’une note du programme de l'école primaire en France ait précisé sobrement en avril 2007 : « on s'inscrira dans le cadre de l'Orthographe rectifiée ».
D’après Camille, membre du club d’orthographe de Grenoble, qui a scruté de près les éditions 2009 des deux dictionnaires, le semeur à tout vent va plus loin que son concurrent.
Chez Robert, plus de 1000 changements orthographiques ont quand même été apportés dans la dernière édition, bien que les éditeurs ne s’en vantent pas. Beaucoup de ces nouvelles graphies correspondent aux propositions de 1990, mais ces dernières ne sont pas systématiquement mentionnées.
Chez Larousse, plusieurs nouvelles parutions signalent toutes les rectifications dans les entrées elles-mêmes. C'est le cas notamment de l'Anti-fautes d’orthographe, minidico destiné avant tout aux élèves, où il est précisé en quatrième de couverture qu’il contient
« les graphies recommandées par la réforme de l’orthographe ». La graphie traditionnelle est toujours en entrée mais elle est systématiquement suivie de la nouvelle (brûler ou bruler ; asseoir ou assoir ; essuie-mains ou essuie-main…). Dans le classique Petit Larousse 2009 toutefois, l’orthographe traditionnelle est conservée. Les nouvelles graphies sont bien présentées dans une liste alphabétique de onze pages, mais elles ne figurent ni dans les articles, ni dans les entrées.
La dernière réforme qui a conféré au français écrit l’apparence qu’on lui connait aujourd’hui date de 1835. Même si les changements actuels sont plutôt minimes, il semble que l’orthographe, après 170 ans d’immobilisme, se remette tout doucement à évoluer.
(Matin Dimanche, 26 octobre 2008)

Le site du club de l'orthographe est ici